Guerre entre privé et public pour le contrôle sanitaire de l’eau en Bretagne

Ouest-France tmardi 26 mars 2013

L’agence régionale de santé Bretagne veut attribuer le marché breton du contrôle des eaux potables et de baignades à des laboratoires départementaux et publics. La société privée Eurofins attaque cette décision en justice. Le tribunal administratif de Rennes examinait le dossier ce mardi après-midi.

Eurofins contre des laboratoires départementaux publics

Une vraie guerre oppose actuellement les laboratoires publics d’analyses de l’eau des quatre départements bretons à la société privée Eurofins. En jeu ? Le marché du contrôle sanitaire des eaux bretonnes. Un gros marché puisqu’il s’agit d’analyser les eaux potables et les eaux de baignade (piscine, mer…) de toute la région pendant les quatre prochaines années.

Liens étroits entre l’ARS et les labos ?

L’agence régionale de santé (ARS) Bretagne a lancé un appel d’offres en juin 2012. Et finalement décidé d’attribuer le marché aux labos publics Leres, LDA56, LDA22 et IDHESA Bretagne Océane rattachés aux conseils généraux des Côtes-d’Armor, Morbihan, Finistère et, pour l’Ille-et-Vilaine, à l’école des hautes études en santé publique de Rennes.

De quoi provoquer une grosse colère d’Eurofins. Le N° 2 mondial de la bioanalyse ne comprend pas pourquoi il a été recalé, d’autant que son offre, dit-il, était trois fois moins cher. Devant le juge des référés du tribunal administratif de Rennes, ce mardi après-midi, son avocat, Paul-Guillaume Balaÿ, a pointé des « liens très étroits entre les laboratoires départementaux et l’ARS », liens datant d’avant l’ouverture du marché du contrôle de l’eau à la concurrence en 2006. Et dénoncé « l’imprécision des critères d’attribution du marché ».

Délais trop longs, préleveurs non accrédités…

L’ARS, elle, se défend de tout traitement préférentiel. « C’est totalement hors de propos », rétorque Charlotte Pezin, l’avocate de l’agence. Si Eurofins n’a pas eu le marché, « c’est que son offre confuse ne correspondait pas » : mauvaise classification des analyses, délais trop longs, préleveurs non accrédités pour le Finistère et les Côtes-d’Armor…

Il n’y a de toute façon plus matière à polémiquer, précise l’ARS, puisque Eurofins, suite à des conflits sociaux lors du rachat de l’Institut Pasteur de Lille, a perdu son agrément pour une partie des analyses de pesticides, obligatoire pour contrôler l’eau en Bretagne.

Le juge rendra sa décision cette semaine. En attendant, l’attribution du marché reste bloquée. Les analyses devaient débuter le 1er janvier.