Encourager les agriculteurs à passer au « bio » pour préserver la ressource

Par A. l'AFP

Publié le 09/03/2012

Aider des céréaliers à passer au "bio" pour réduire le taux de nitrates et de pesticides dans les sources souterraines : la protection de l'eau alimentant les Parisiens commence à 150 kilomètres de la capitale, dans les champs de l'Aube ou de l'Yonne.

« Avant, on s’intéressait à la qualité de l’eau dans la source, aujourd’hui on s’y intéresse dès le moment où l’eau touche le sol », résume Claude Vignaud, chef du centre de Sens de la régie Eau de Paris. Les eaux souterraines, captées dans un rayon de 150 kilomètres autour de Paris, assurent la moitié de l’approvisionnement des 3 millions de consommateurs de la capitale, l’autre moitié provenant de la Seine et de la Marne.

La qualité de ces sources souterraines s’est dégradée depuis 50 ans avec le développement de l’agriculture intensive, synonyme d’usage massif d’engrais et de pesticides qui s’infiltrent dans les sols.

Privilégier la prévention – Tout en renforçant ses usines de traitement, la régie parisienne mise sur la prévention pour limiter l’usage de ces substances par les agriculteurs installés dans les aires d’alimentation de captage des sources, c’est-à-dire dans les zones où tombe l’eau qui vient alimenter ces nappes souterraines. Cela passe par l’acquisition de terrains pour les confier, via un « bail environnemental », à des agriculteurs qui s’engagent à y laisser de l’herbe ou à y pratiquer un élevage extensif. Et cela implique également d’aider directement et financièrement les céréaliers acceptant de se convertir à l’agriculture biologique et donc de se passer d’engrais chimiques et de pesticides.

Dans la vallée de la Vanne, dans les départements de l’Yonne et de l’Aube à quelque 150 km de Paris, la surface exploitée en « bio » a ainsi été multipliée par trois depuis 2008, avec 735 hectares aujourd’hui, selon Eau de Paris.

Aide financière et animation – Les agriculteurs en conversion y perçoivent une aide de l’ordre de 400 euros par an et par hectare pendant 5 ans, explique Marguerite-Marie Larroque, ingénieur chez Eau de Paris. Outre ce coup de pouce financier, un animateur a été embauché pour conseiller les intéressés et la régie parisienne a co-financé l’installation dans l’Essonne d’une coopérative de semences « bio » chargée, elle aussi, de contribuer à la mise en place d’une filière pérenne à proximité de ces précieuses sources.

« Le but, c’est que l’exploitant s’y retrouve économiquement et que sa conversion soit viable sur le long terme », appuie Mme Larroque, qui reconnaît que ce programme suscite parfois des réticences chez les agriculteurs. « J’étais loin de penser que j’allais m’y mettre », confesse pour sa part Francis Verrier, céréalier à Berulle (Aube), près des sources d’Armentières.

« J’ai fait mes calculs… Un agriculteur bio en dehors de ma zone, il va recevoir environ 200 euros, moi je suis aidé à hauteur de 377 euros par hectare, cela aide pour se lancer… », remarque l’agriculteur qui a aujourd’hui converti 46 de ses 142 hectares en « bio ».

Un impact dur à mesurer  – Du côté de la régie parisienne, on précise qu’il est trop tôt pour mesurer l’impact de cette démarche sur la qualité de l’eau du robinet, déjà jugée de « très bonne qualité » en Ile-de-France selon l’agence régionale de santé.

Mais le céréalier Francis Verrier y voit de toutes façons un intérêt pour sa santé: « Cela fait 28 ans que j’épands des produits désherbants dans mes champs. Le problème, c’est que ça fait aussi 28 ans que je les respire. Le premier à absorber ces produits, c’est moi, ce n’est pas l’habitant de Paris… »